Fiscalité · Mis à jour le 3 septembre 2026 · Sources BOE / AEAT

Les impôts en Espagne : ce que vous paierez vraiment comme résident

L'impôt sur le revenu espagnol (IRPF) se calcule avec deux barèmes qui s'additionnent : un barème étatique, identique partout, et un barème fixé par votre région — la Comunitat Valenciana a le sien. La plupart des sites français publient un barème « unique » qui n'existe dans aucun texte officiel : vous trouverez ici les deux vraies tables, recopiées du BOE, plus les abattements, le barème de l'épargne, la déclaration annuelle et le piège de la première année.

Êtes-vous résident fiscal espagnol ?

Tout part de là. Vous êtes résident fiscal espagnol — donc imposable en Espagne sur vos revenus mondiaux — si vous remplissez l'un de ces critères (art. 9 de la loi IRPF) :

  • Plus de 183 jours par année civile passés en Espagne — les absences ponctuelles comptent comme présence, sauf à prouver votre résidence fiscale ailleurs ;
  • Le centre de vos intérêts économiques en Espagne (activité, revenus, patrimoine), directement ou indirectement ;
  • Présomption (contestable) si votre conjoint et vos enfants mineurs vivent habituellement en Espagne.

Point capital que presque personne n'explique : la résidence fiscale espagnole vaut pour l'année civile entière — l'AEAT le dit expressément, on est résident ou non-résident pour toute l'année, jamais au prorata. L'année du déménagement, la France peut vous considérer résident en parallèle : c'est la convention fiscale de 1995 qui départage, critère par critère.

Le barème IRPF : État + Comunitat Valenciana, les deux vraies tables

L'IRPF est un impôt à deux étages : la même base imposable passe dans le barème étatique (art. 63 LIRPF) ET dans le barème de votre communauté autonome, et les deux cotisations s'additionnent. Les barèmes « espagnols » à taux uniques que publient la plupart des sites français sont des agrégats officieux — parfois faux pour votre région. Voici les deux tables officielles applicables à un résident de la Comunitat Valenciana (état des textes au 3 septembre 2026 ; le barème étatique est inchangé depuis 2021, le valencien depuis 2023 — toute loi de finances peut les modifier).

Barème étatique (art. 63 LIRPF)

Barème étatique IRPF
DeÀTaux sur la tranche
0 €12 450 €9,50 %
12 450 €20 200 €12,00 %
20 200 €35 200 €15,00 %
35 200 €60 000 €18,50 %
60 000 €300 000 €22,50 %
300 000 €et au-delà24,50 %

Barème autonomique de la Comunitat Valenciana (Ley 13/1997, art. 2)

Barème autonomique Comunitat Valenciana
DeÀTaux sur la tranche
0 €12 000 €9,00 %
12 000 €22 000 €12,00 %
22 000 €32 000 €15,00 %
32 000 €42 000 €17,50 %
42 000 €52 000 €20,00 %
52 000 €62 000 €22,50 %
62 000 €72 000 €25,00 %
72 000 €100 000 €26,50 %
100 000 €150 000 €27,50 %
150 000 €200 000 €28,50 %
200 000 €et au-delà29,50 %

En additionnant les deux (ce n'est PAS une table officielle, c'est la somme des précédentes) : la première tranche valencienne démarre à 18,5 % et le taux marginal culmine à 54 % au-delà de 300 000 €. Pour situer votre salaire net après tout ça, notre calculateur brut-net fait le calcul complet, cotisations comprises.

Les abattements : mínimo personal et familial

L'Espagne ne connaît pas le quotient familial : chacun déclare ses revenus, et la situation personnelle passe par des « minimums » qui neutralisent le bas du barème (art. 57-58 LIRPF) :

  • Mínimo del contribuyente : 5 550 € par an (majoré de 1 150 € après 65 ans, et encore de 1 400 € après 75 ans) ;
  • Par enfant de moins de 25 ans vivant au foyer (revenus ≤ 8 000 €) : 2 400 € pour le premier, 2 700 € pour le deuxième, 4 000 € pour le troisième, 4 500 € au-delà — plus 2 800 € par enfant de moins de 3 ans ;
  • Les salaires modestes bénéficient en plus d'une réduction spécifique (jusqu'à 7 302 € pour un revenu net du travail ≤ 14 852 €, dégressive au-delà — art. 20 LIRPF) ;
  • Particularité valencienne : pour la part autonomique du calcul, la Comunitat applique ses propres minimums, légèrement plus généreux (6 105 € pour le contribuable, par exemple).

Dividendes, intérêts, plus-values : la base del ahorro

Les revenus de l'épargne ne passent pas dans le barème progressif : ils ont leur propre barème, identique dans toute l'Espagne (art. 66 et 76 LIRPF, état au 3 septembre 2026 — le taux supérieur est passé à 30 % depuis 2025) :

Barème de l'épargne (base del ahorro)
DeÀTaux sur la tranche
0 €6 000 €19 %
6 000 €50 000 €21 %
50 000 €200 000 €23 %
200 000 €300 000 €27 %
300 000 €et au-delà30 %

Y passent les intérêts, dividendes, plus-values de cession (actions, immobilier) et rachats d'assurance-vie. Pour un patrimoine franco-espagnol (résidence secondaire conservée en France, succession en vue), l'articulation des deux fiscalités se joue dans la convention de 1995 et, pour les transmissions, la convention successions de 1963.

La declaración de la Renta : dates, seuils et outils

La Renta se déclare au printemps de l'année suivante — pour repère, la campagne des revenus 2025 s'est tenue du 8 avril au 30 juin 2026 (en ligne ; domiciliation bancaire jusqu'au 25 juin). Tout passe par Renta WEB sur le site de l'AEAT, avec Cl@ve, certificat numérique ou numéro de référence. Le borrador (pré-déclaration) est pratique mais à vérifier ligne à ligne : l'AEAT elle-même prévient qu'il peut omettre des éléments, notamment les déductions régionales.

Qui doit déclarer ? Les seuils de la campagne des revenus 2025 : 22 000 € de revenus du travail avec un seul payeur, 15 876 € avec plusieurs payeurs (sauf si les payeurs secondaires cumulent moins de 1 500 €). Un autónomo déclare toujours, quel que soit son revenu — le détail du régime est dans notre guide autónomo.

Les autres impôts du quotidien, en bref

  • IVA (TVA) : 21 % général, 10 % et 4 % réduits ;
  • IBI (foncier local) : de 0,4 à 1,10 % de la valeur cadastrale en urbain, fixé par chaque commune ;
  • Impuesto sobre el Patrimonio : impôt sur la fortune — en Comunitat Valenciana, exonération jusqu'à 1 000 000 € de patrimoine net depuis fin 2025 (barème 0,25 à 3,5 %) ;
  • Impôt « grandes fortunes » (ITSGF) : au-delà de 3 M€ de patrimoine net, ce que vous payez déjà au Patrimonio s'en déduit ;
  • Plusvalía municipal : impôt communal sur la plus-value du terrain lors d'une vente ou succession — non exigible sans plus-value réelle ;
  • Propriétaire non-résident (avant votre installation, ou si vous repartez) : le modelo 210, chaque année, même sans louer — voir notre guide du modelo 210.

Votre première année : le piège de l'année entière

La période d'imposition espagnole est l'année civile, et la résidence fiscale ne se partage pas : si vous remplissez les critères une année (183 jours...), vous êtes résident espagnol pour toute cette année — y compris les mois où vous viviez encore en France. Un déménagement en début d'été peut ainsi faire basculer l'année entière côté espagnol, pendant que la France vous réclame sa part : c'est le scénario classique où la convention tranche, et où une erreur se paie des années. Les salariés sous certaines conditions peuvent aussi opter pour le régime des impatriés (loi Beckham) — un taux fixe de 24 % qui change complètement le calcul, à étudier AVANT le départ.

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Questions fréquentes

Comment fonctionne l'impôt sur le revenu en Espagne ?

L'IRPF (Impuesto sobre la Renta de las Personas Físicas) est prélevé à la source sur les salaires puis régularisé par une déclaration annuelle, la Renta, au printemps suivant. Sa particularité : le barème est double — une moitié étatique, une moitié fixée par votre région de résidence — et les deux s'additionnent sur la même base. Les revenus de l'épargne (intérêts, dividendes, plus-values) ont leur propre barème, de 19 à 30 %.

Quelle est la différence de fiscalité entre l'Espagne et la France ?

Les deux pays ont un impôt progressif comparable, mais la mécanique diffère : l'Espagne impose par individu (la déclaration conjointe existe mais est rarement avantageuse) là où la France applique le quotient familial ; les abattements espagnols (mínimo personal de 5 550 €, majorations par enfant) sont des réductions d'impôt en bas de barème plutôt qu'un abattement d'assiette ; et les cotisations salariales espagnoles étant plus faibles, le net avant impôt est plus élevé à brut égal. Selon la composition du foyer et le niveau de revenu, l'un ou l'autre pays l'emporte — il n'y a pas de gagnant universel.

Comment éviter la double imposition France-Espagne ?

C'est le rôle de la convention fiscale franco-espagnole de 1995 : elle attribue chaque type de revenu à un pays (les salaires au pays d'exercice, les pensions privées au pays de résidence, l'immobilier au pays de situation…) et prévoit les mécanismes d'élimination de la double imposition. Notre guide de la convention détaille les cas concrets, y compris l'année du déménagement où les deux administrations peuvent vous considérer résident.

Comment fonctionne l'impôt pour les non-résidents en Espagne ?

Si vous n'êtes pas résident fiscal espagnol mais possédez un bien ou percevez des revenus en Espagne, vous relevez d'un autre impôt, l'IRNR, déclaré via le modelo 210 — typiquement le propriétaire français d'un appartement à Valence, qui doit déclarer chaque année même sans le louer. C'est un mécanisme distinct de l'IRPF, détaillé dans notre guide du modelo 210.

Sources

Textes consolidés consultés le 3 septembre 2026. Les barèmes peuvent être modifiés par toute loi de finances étatique ou valencienne : vérifiez l'année en cours avant toute décision.