Ce guide s’adresse aux Français qui partent travailler en Espagne et veulent savoir si la loi Beckham est faite pour eux. Les règles valent pour toute l’Espagne ; les comparaisons utilisent le barème de la Comunitat Valenciana. L’impôt d’un résident ordinaire est expliqué dans notre guide des impôts en Espagne (barème IRPF 2026).
Par Jérémy, fondateur de la communauté des Français à Valencia, sur place depuis 2017 · témoignages · mis à jour le 2 octobre 2026
L’essentiel en 30 secondes
- La loi Beckham, ou régime des impatriés, impose vos revenus du travail à un taux fixe de 24 % jusqu’à 600 000 € par an, et 47 % au-delà.
- Elle s’applique l’année où vous devenez résident fiscal en Espagne et les cinq suivantes, si vous n’y avez pas été résident les cinq années précédentes.
- Elle se demande avec le modelo 149, dans les six mois qui suivent votre inscription à la Sécurité sociale espagnole, et non à partir de votre arrivée.
- Un freelance qui facture ses propres clients n’y a pas droit. Un salarié, un télétravailleur salarié, un administrateur de société ou un entrepreneur certifié, oui.
- Elle n’est pas toujours avantageuse : pour un célibataire sans enfant, elle ne coûte moins cher que l’IRPF ordinaire qu’au-delà d’environ 59 000 € brut par an (estimation 2026).
Les mots à connaître
- Impatrié
- La personne qui s’installe en Espagne pour y travailler. « Régime des impatriés » est le nom officiel de la loi Beckham.
- Résident fiscal
- La personne qui passe plus de 183 jours par an en Espagne, ou y a le centre de ses intérêts économiques.
- Alta
- L’inscription à la Sécurité sociale espagnole. La date de début d’activité qui y figure fait partir le délai de six mois.
- Formulaire A1
- Le document qui vous maintient à la sécurité sociale de votre pays d’origine, par exemple pendant un détachement.
- Modelo 149
- Le formulaire de l’administration fiscale qui sert à choisir le régime, une seule fois, dans les six mois qui suivent l’alta.
- Modelo 151
- La déclaration annuelle de revenus propre au régime, déposée au printemps de l’année suivante à la place de la Renta.
- ENISA
- L’entreprise publique espagnole qui rend un rapport sur le caractère innovant d’un projet d’entreprise.
- Société patrimoniale
- Une société qui gère surtout un patrimoine (immobilier, placements) plutôt qu’une activité.
- Obligación real
- L’imposition limitée aux revenus et aux biens situés en Espagne, celle des non-résidents.
- DGT
- La direction générale des impôts espagnole. Ses consultations publiées précisent comment l’administration lit la loi.
Simulateur : loi Beckham, IRPF ordinaire ou France ?
Indiquez votre salaire brut et votre situation. Le simulateur vérifie les conditions d’accès, puis compare l’impôt de l’année sous la loi Beckham, au barème ordinaire de l’État et de la Comunitat Valenciana, et en France à salaire brut égal.
Êtes-vous éligible ?
Votre éligibilité
Vous semblez éligible au régime des impatriés, sous réserve de validation.
Impôt annuel comparé
IRPF ordinaire
barème de l’État + Comunitat Valenciana
23 506 €
taux moyen 29,38 %
Régime Beckham
24 % jusqu’à 600 000 €, 47 % au-delà
19 200 €
taux moyen 24,00 %
France
à brut égal (estimation)
10 567 €
taux moyen 13,21 %
Le régime Beckham est plus avantageux pour vous.
Résultat indicatif. Estimation à but informatif, ne constitue pas un conseil fiscal ou juridique. Vérifiez auprès d’un professionnel.
Sécurisez votre option Beckham
Le modelo 149 se dépose dans les 6 mois qui suivent l’inscription à la Sécurité sociale, sans prolongation possible. Notre cabinet partenaire francophone peut vérifier votre éligibilité et préparer le dépôt dans le délai.
Faire vérifier mon cas BeckhamCas complexes
Conjoint non éligible, stock-options, exit tax française, articulation de la convention France-Espagne : ces situations méritent l’avis d’un conseiller fiscal transfrontalier.
Exposer mon casLe simulateur compare l’impôt de l’année. Pour le salaire versé chaque mois au régime ordinaire, retenue d’IRPF et cotisations déduites, utilisez notre calculateur de salaire net en Espagne.
Qui peut bénéficier de la loi Beckham en 2026 ?
Depuis la loi sur les startups (Ley 28/2022), en vigueur depuis 2023, cinq profils ouvrent le régime (article 93 de la loi IRPF). Il faut vous installer en Espagne pour l’une de ces raisons.
Salarié ou détaché
Un contrat de travail avec un employeur espagnol, ou un détachement en Espagne par votre employeur. Les sportifs professionnels sont exclus.
Télétravailleur
Salarié d’une entreprise étrangère, vous travaillez à distance depuis l’Espagne. Pour un non-Européen, le visa de télétravail international suffit à le prouver.
Administrateur de société
Pas de seuil de participation, sauf dans une société patrimoniale : il faut alors détenir moins de 25 % du capital.
Entrepreneur certifié
Une activité reconnue comme innovante par un rapport de l’ENISA. Pour un citoyen européen, ce rapport se demande avant le départ.
Profil qualifié
Un professionnel hautement qualifié qui travaille pour des startups, ou dans la formation et la recherche, quand ces activités font plus de 40 % de ses revenus.
Pour tous, la condition des cinq ans
Ne pas avoir été résident fiscal en Espagne pendant les 5 années précédant celle de votre installation.
Et les freelances ?
Un freelance qui facture ses propres clients n’a en principe pas droit au régime. Exercer une activité économique en Espagne le fait perdre, sauf dans trois cas prévus par la loi et le règlement : l’activité certifiée par l’ENISA, les services d’un professionnel qualifié à des startups, et la formation ou la recherche.
Un freelance relève donc du régime ordinaire de l’autónomo. Un salarié qui travaille à distance pour une entreprise étrangère relève, lui, du profil du télétravailleur. Pour comparer les deux statuts, voyez autónomo ou salarié en Espagne.
Votre conjoint et vos enfants
Depuis 2023, votre conjoint et vos enfants de moins de 25 ans peuvent aussi bénéficier du régime, à condition notamment que la somme de leurs bases imposables reste inférieure à la vôtre.
Chacun dépose son propre modelo 149, dans les six mois qui suivent son entrée en Espagne, ou dans votre propre délai s’il se termine plus tard. Comme vous, ceux qui ont eux-mêmes opté pour le régime sont en principe dispensés du modelo 720 ; ceux qui n’y sont pas le déposent normalement.
Combien d’impôt avec la loi Beckham ?
- sur les revenus du travail jusqu’à 600 000 €
- 24 %
- sur les revenus du travail jusqu’à 600 000 €
- sur la part au-delà de 600 000 €
- 47 %
- sur la part au-delà de 600 000 €
- au plus : l’année où vous devenez résident et les cinq suivantes
- 6 ans
- au plus : l’année où vous devenez résident et les cinq suivantes
- après l’alta pour déposer le modelo 149
- 6 mois
- après l’alta pour déposer le modelo 149
Article 93 de la loi IRPF ; règlement de l’IRPF, articles 115 et 116.
Deux règles font le régime (article 93 de la loi IRPF). Tous vos revenus du travail sont traités comme espagnols : un salaire versé par un employeur français passe au taux fixe. Le reste (dividendes, intérêts, plus-values) n’est imposé en Espagne que s’il vient d’Espagne, avec le barème de l’épargne, de 19 % à 30 %.
Le taux s’applique au salaire brut. Les cotisations sociales ne se déduisent pas, selon une consultation de la direction générale des impôts (V1112-25 du 26 juin 2025).
Le minimum personnel et familial, les réductions et la compensation entre revenus disparaissent. Seules restent la déduction pour dons et une déduction plafonnée pour l’impôt payé à l’étranger sur vos salaires.
Si votre employeur retient l’impôt en Espagne, il applique 24 % sur votre salaire (47 % au-delà de 600 000 €) au lieu du barème de retenue habituel.
Ce que couvre la loi Beckham, revenu par revenu
Lisez la ligne de votre revenu : la colonne de gauche dit ce que l’Espagne impose sous le régime, celle de droite ce qu’elle impose à un résident ordinaire de Valencia en 2026.
| Revenu ou impôt | Sous la loi Beckham | Résident ordinaire à Valencia |
|---|---|---|
| Salaire, même versé par un employeur français | 24 % jusqu’à 600 000 €, 47 % au-delà | Barèmes de l’État et de la Comunitat Valenciana, de 18,3 % à 53,85 % |
| Loyers d’un bien en Espagne | Avec vos revenus du travail, à 24 % jusqu’à 600 000 € | Avec vos autres revenus, aux barèmes de l’État et de la Comunitat Valenciana |
| Dividendes, intérêts et plus-values de source espagnole | Barème de l’épargne, de 19 % à 30 % | Barème de l’épargne, de 19 % à 30 % |
| Loyers, dividendes et intérêts de source étrangère | Pas imposés en Espagne ; ceux de France restent imposables en France, selon le droit français | Imposés en Espagne, qui déduit l’impôt payé à l’étranger dans la limite du sien |
| Cotisations sociales | Non déductibles (consultation de la DGT V1112-25) | Déductibles du salaire imposable |
| Minimum personnel et familial, réductions | Supprimés | Appliqués : 5 550 € non imposés par contribuable pour la part de l’État, plus par enfant |
| Impôt sur la fortune | Biens situés en Espagne ; abattement de l’État de 700 000 €, selon notre lecture, à faire vérifier | Patrimoine mondial, au-delà de 2 000 000 € (exercice 2026) |
| Modelo 720 (biens détenus hors d’Espagne) | Dispense pendant le régime | À déposer au-delà de 50 000 € par catégorie |
| Convention fiscale France-Espagne | Vous n’êtes pas résident d’Espagne au sens de la convention | Elle s’applique et répartit chaque revenu entre les deux pays |
Quatre salaires comparés à Valencia en 2026
Voici l’impôt de l’année d’un salarié célibataire de 40 ans, sans enfant, en CDI, avec l’IRPF ordinaire et avec la loi Beckham. Le calcul est fait par le moteur du simulateur ci-dessus.
| Salaire brut annuel | IRPF ordinaire à Valencia | Loi Beckham | Avec la loi Beckham, par an | Sur six ans, à salaire constant |
|---|---|---|---|---|
| 40 000 € | 7 599 € | 9 600 € | 2 001 € de plus | 12 004 € de plus |
| 60 000 € | 14 581 € | 14 400 € | 181 € de moins | 1 084 € de moins |
| 80 000 € | 23 506 € | 19 200 € | 4 306 € de moins | 25 836 € de moins |
| 150 000 € | 57 994 € | 36 000 € | 21 994 € de moins | 131 962 € de moins |
Impôt de l’année, avant déductions éventuelles, sans revenus d’épargne. Sur six ans, l’écart suppose un salaire constant et six années complètes de régime. Estimation, pas un conseil fiscal.
À partir de quel salaire la loi Beckham est-elle intéressante ?
Pour un célibataire sans enfant, la loi Beckham ne coûte moins cher que l’IRPF ordinaire qu’au-delà d’environ 59 000 € brut par an. Avec deux enfants à charge, le seuil passe à environ 62 000 €, parce que l’IRPF ordinaire tient compte des enfants et la loi Beckham non.
Seuils calculés avec le moteur du simulateur et les barèmes 2026 : salarié de 40 ans en CDI, sans revenus d’épargne ; avec deux enfants, minimum familial partagé avec l’autre parent. Estimation, pas un conseil fiscal.
Le simulateur refait ce calcul avec votre salaire, votre âge et vos enfants. Pour le salaire net, cotisations comprises, utilisez le calculateur de salaire net en Espagne.
Comment demander la loi Beckham : le modelo 149, puis le modelo 151 chaque année
L’option se demande une seule fois auprès de l’administration fiscale, avec le modelo 149. Ensuite, vous déclarez vos revenus chaque année avec le modelo 151. Tout le calendrier part d’une date : celle de votre inscription à la Sécurité sociale espagnole.
- Votre arrivée en EspagneLe délai ne part pas de cette date.
- Votre alta à la Sécurité socialeLa date de début d’activité inscrite fait partir le délai.
- 6 mois plus tardDate limite pour déposer le modelo 149.
Les années du régime
- Année 1
- Année 2
- Année 3
- Année 4
- Année 5
- Année 6
- puis IRPF ordinaire
Le délai court à partir de l’alta, pas de l’arrivée.
L’année 1 du régime est la première année civile où vous passez plus de 183 jours en Espagne après votre déplacement. Si vous arrivez en septembre, vous restez moins de 183 jours sur place cette année-là : le régime peut ne démarrer que l’année suivante.
Les étapes
- 1Avant le départ. Vérifiez les conditions et, si vous êtes entrepreneur, demandez le rapport de l’ENISA.
- 2À l’arrivée. Inscription à la Sécurité sociale espagnole (alta), ou formulaire A1 si vous restez affilié dans votre pays d’origine. Notez la date de début d’activité qui y figure.
- 3Dans les six mois qui suivent. Déposez le modelo 149 auprès de l’administration fiscale. Votre conjoint et vos enfants déposent chacun le leur.
- 4Chaque printemps. Déclarez les revenus de l’année précédente avec le modelo 151, pendant la campagne de la Renta, d’avril à fin juin.
- 5Pour sortir du régime. Renoncez en novembre ou en décembre, pour l’année suivante. La renonciation est définitive.
Retard, exclusion : ce qui vous fait sortir du régime
Déposer le modelo 151 en retard coûte des majorations de retard, comme pour toute déclaration d’impôt (article 27 de la loi générale des impôts) ; vous restez dans le régime.
L’exclusion intervient si vous ne remplissez plus une des conditions, par exemple en exerçant une activité non autorisée. Elle se déclare à l’administration fiscale dans le mois. Comme la renonciation, elle est définitive : vous ne pourrez plus revenir dans le régime.
Les inconvénients à connaître avant d’opter
- L’impôt porte sur le brut. Les cotisations sociales ne se déduisent pas et le minimum personnel disparaît : en dessous d’environ 59 000 € brut par an, un célibataire paie moins avec l’IRPF ordinaire.
- Pas de compensation entre revenus. Chaque revenu est imposé à part, et les réductions du régime ordinaire ne s’appliquent pas.
- Une sortie sans retour. Vous pouvez renoncer au régime, mais jamais y revenir. Une exclusion est tout aussi définitive.
- L’option se prépare avant le départ. Un entrepreneur demande le rapport de l’ENISA avant de partir, et la date de l’alta fixe le délai du modelo 149.
Vos revenus français et la convention fiscale
Sous ce régime, vous n’êtes pas résident au sens de la convention fiscale franco-espagnole. L’AEAT le dit expressément, et l’article 4 de la convention exclut les personnes imposées sur leurs seuls revenus de source locale.
Vos revenus de source française restent imposables en France selon le droit français ; l’Espagne ne les taxe pas sous ce régime.
Vos salaires sont imposés en totalité en Espagne ; l’impôt payé à l’étranger sur une partie d’entre eux s’en déduit, sans dépasser l’impôt espagnol sur cette partie ni 30 % de l’impôt espagnol sur l’ensemble de vos salaires de l’année.
Attention
Si vous gardez des revenus, des jours de travail ou des attaches en France, faites chiffrer l’option avant de la choisir.
Les règles générales entre les deux pays sont expliquées dans notre guide de la convention fiscale France-Espagne.
Ce que vous gagnez en échange
Pendant le régime, vous êtes dispensé du modelo 720, la déclaration des biens détenus hors d’Espagne (foire aux questions de l’AEAT) ; selon la même logique, votre conjoint et vos enfants qui ont eux-mêmes opté pour le régime le sont aussi. L’impôt sur la fortune ne porte que sur vos biens situés en Espagne.
Un point à faire vérifier
Quel abattement s’applique alors à l’impôt sur la fortune ? Selon notre lecture des textes, celui de l’État (700 000 €), et non celui de la Comunitat Valenciana (2 000 000 € à partir de l’exercice 2026). Si vos biens en Espagne dépassent 700 000 €, faites vérifier ce point par un fiscaliste.
Fiscaliste, gestor, avocat ou notaire : qui consulter ?
Pour la loi Beckham, adressez-vous à un fiscaliste : le choix engage votre impôt pendant six ans et le délai ne se rattrape pas. Pour une simple déclaration, un gestor suffit.
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Sources et méthode (10)
Sources relues le 2 octobre 2026 ; textes relus au BOE.
- Ley 35/2006 sur l’IRPF, texte consolidé, article 93 (régime des impatriés)
- Real Decreto 439/2007 (règlement de l’IRPF), articles 113 à 120 (conditions, durée, option, renonciation et exclusion)
- AEAT, manuel des non-résidents : régime des impatriés
- AEAT, modelo 149 : option, renonciation, exclusion et fin du déplacement
- AEAT, modelo 151 : instructions (exercice 2023 et suivants), dont le plafond de 30 % de la déduction
- AEAT, foire aux questions du modelo 720 : dispense des contribuables de l’article 93
- Convention fiscale France-Espagne du 10 octobre 1995 (texte espagnol faisant foi), article 4
- Ley 19/1991 (impôt sur le patrimoine), articles 5 et 28
- Ley 58/2003 générale des impôts, article 27 (majorations de retard)
- Consultation de la DGT V1112-25 du 26 juin 2025 (cotisations sociales non déductibles), commentée par Gómez-Acebo & Pombo
Information générale, à jour au 2 octobre 2026, qui ne remplace pas le conseil d’un professionnel sur votre situation.
Cette page ne publie aucune règle fiscale française chiffrée : la position de l’administration française sur votre cas relève d’un conseil transfrontalier individuel.
Photo du haut de page : Leila Zamudio, Unsplash.
